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Le champ de l’Air

Producteurs de plantes aromatiques

Sophie Persehais et toute l’équipe du Champ de l’air cultivent des plantes aromatiques pour créer de A à Z des tisanes savoureuses, de celles qui se nourrissent d’un sol vivant et vous remontent le moral en toutes saisons.
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Pour la petite histoire…
Localisé à Baulon, 35580 / Bien-être

C’est après nous être faufilés entre des bras de rivière débordante en raison d’une crue que les moins de quarante-cinq ans ne peuvent pas connaître que nous avons approché les Métairies. Ici est née Sophie Persehais, il y a quarante-cinq ans justement, dans la ferme de ses parents à quelques kilomètres du bourg de Baulon. D’emblée, autour d’une infusion de menthe verte, c’est de terre que nous parlons ensemble. Car « la qualité de la terre, c’est fondamental, les jardiniers le savent bien » dit la paysanne qui a bourlingué pas mal avant de creuser son sillon sur la ferme familiale.


Ici, on cultive des plantes à parfum, aromatiques et médicinales : des PPAM pour les intimes. Et on produit des tisanes de A à Z. Les personnes qui fréquentent les magasins de Scarabée les connaissent certainement : elles garnissent nos rayons depuis maintenant plus de quinze ans ! Impossible de louper ces jolis sachets colorés qui nous offrent aussi bien des plantes « en solo » que des compositions aromatiques pour tous les moments du quotidien. Si aujourd’hui Le Champ de l’air propose un catalogue qui peut donner le tournis – soixante variétés de plantes séchées ensachées et trente compositions qui vous veulent du bien – c’est une histoire qui s’est tissée en prenant son temps.

De la bonne terre

Tout a commencé dans un champ de betteraves. Enfin presque. Ce champ de betteraves, celui où poussent aujourd’hui par bandes l’avoine en guise d’engrais vert et la verveine citronnelle qui prend ses quartiers même l’hiver, c’est le premier que Sophie et son compagnon Benoît ont commencé à exploiter. Et pour cause, c’était la meilleure parcelle de la ferme. « C’était la parcelle des betteraves pour les vaches. Et pour les betteraves, il faut de la bonne terre » explique l’agricultrice. Alors c’est celui-ci qu’a choisi Dédé, le père de Sophie, pour commencer à transmettre ses terres… et pourquoi pas, faire germer un projet agricole. Si à ce moment-là, en 2009, le couple est prêt à tester une activité agricole, les graines de l’agriculture avaient été semées bien avant.


Certes ce n’est pas parce qu’enfant on aide aux champs à ramasser les patates que la fibre agricole est innée. À l’époque, dans les années quatre-vingts, ce n’est d’ailleurs pas forcément ce que souhaitent les parents pour leur progéniture. Comme le dit simplement Sophie : « j’ai fait partie d’une génération où les paysans espéraient mieux pour leurs enfants. » Et puis c’est le début des années deux-mille, Sophie étudie la sociologie à l’Université de Rennes ; José Bové et la Confédération paysanne font le tour des universités françaises pour raconter aux jeunes générations la vie des paysannes et paysans. C’est à ce moment-là qu’a lieu une prise de conscience, et l’envie naissante, peut-être, de continuer à travailler la terre. « Ce soir-là, je me suis dit qu’il y avait un truc. »

Retour au champ

Il faudra encore quelques circonvolutions professionnelles, quelques voyages inspirants à Sophie et Benoît avant de s’installer. Ce sont quelques mois au Burkina Faso, où elle enseigne la biologie végétale en lycée agricole, qui lui offrent le premier contact avec les plantes aromatiques et leurs vertus médicinales. Il aura fallu encore six années d’enseignement de l’agronomie en maison familiale et rurale pendant que Benoît est animateur auprès d’adolescents en difficulté, pour que le projet d’installation agricole mûrisse pour de bon. Et que le retour à la terre s’incarne enfin dans le projet du Champ de l’air.
Alors le champ de betteraves, une parcelle-test d’un hectare et demi, est prêt à une nouvelle vie. L’occasion d’apprendre à connaître cette terre justement. Ici, elle est limoneuse et parfaitement exposée, c’est une bande de grès qui « réessuie » bien : deux ou trois jours après la pluie, elle peut accueillir un tracteur sans inquiétude de le voir creuser de trop profondes ornières, les sols se réchauffent mieux et la saison peut y démarrer plus tôt que sur des sols argileux.


Progressivement, la ferme aromatique s’étend sur d’autres parcelles pour atteindre trois hectares et demi de surface cultivée. Mais celles-ci sont moins bonnes. Sophie explique qu’à Baulon, « on est sur une terre peu profonde, collante, très argileuse. Ce sont des terres froides qui retiennent l’eau, et sur lesquelles on ne peut pas démarrer tôt au printemps. » Alors on ne perd pas espoir et on commence par replanter des haies pour favoriser l’infiltration de l’eau, inviter la biodiversité, couper les vents, on creuse des fossés pour faire circuler l’eau. Et on garde un petit troupeau de vaches qui permet à la ferme d’être autonome en matière organique.

Un organisme agricole vivant

Le plus important en définitive, pour Sophie et Benoît qui ont converti la ferme en bio, c’est de créer un « organisme agricole vivant ». Guidée par l’approche biodynamique, elle explique : « Pour l’équilibre d’un lieu, c’est bien quand tu as l’humain, la plante et l’animal. Plus tu as une harmonie, plus tu peux limiter la présence de parasites. » Si au démarrage, le couple a été confronté à des arrivées massives de parasites sur la mélisse ou le thym, le travail de la terre, et surtout de tout cet écosystème vivant, les a transformées en vieux souvenir. « On lit qu’il faut sept ans à un lieu pour retrouver son équilibre en bio. Et effectivement, c’est ce qui s’est passé. » confie Sophie.
Le temps et l’expérience quotidienne ont permis à toute l’équipe, qui compte aujourd’hui quatre personnes à l’année et quatre de plus l’été, de comprendre cette terre et le vivant qui la constitue. Les comprendre pour en tirer le meilleur. Et nous offrir le meilleur.

Avec des rotations longues, les plantes tirent le meilleur de la terre et le lui rendent bien.

Soixante variétés de plantes

Menthe poivrée ou sauge sclarée, romarin, serpolet ou verveine, bleuet, passiflore, pavot de Californie ou rose de Provins, ortie ou pissenlit, tilleul, sureau ou eucalyptus… les soixante variétés produites par Le Champ de l’air trouvent chacune leur place et leur rythme sur la ferme.


Dès la pleine lune de février, les godets de semis, boutures et jeunes plants garniront les tables dans la serre historique de la ferme avant d’être implantés sur la parcelle qui leur convient le mieux. Si les sols argileux, qui retiennent mieux l’eau du sol, conviennent bien à la mélisse, à la menthe, à la rose ou au calendula, en revanche, la verveine ou le thym sont plus exigeants et apprécieront un sol limoneux qui se réchauffe plus vite au printemps.


Sur la ferme du Champ de l’air, on s’adapte aux plantes. À leurs besoins et à leur rythme. Alors que la sauge est coupée une fois dans la saison, le thym, la mélisse ou la menthe sont récoltés trois fois dans l’année. Les fleurs, elles, demandent davantage d’attention : le calendula est récolté deux fois par semaine, la camomille tous les huit à dix jours. Alors il faut faire preuve d’un certain esprit gymnastique pour s’y retrouver sur la ferme. Si les années d’expérience permettent aujourd’hui de maîtriser la production sereinement, c’est Sophie qui orchestre d’une main de maître les cultures, les récoltes et le séchage. En s’adaptant au quotidien. « Tous les dimanches soir, je fais le tour de la ferme pour prévoir le planning de la semaine. En fonction de la météo et des besoins des plantes. Les années où il fait très chaud c’est super parce que tout sèche bien. Les années où il pleut, c’est très compliqué. Alors on doit faire des choix. On s’ajuste en permanence. »

Récoltées de mai à octobre, les plantes sont séchées trois jours maximum à basse température en limitant le plus possible la manutention pour ne pas abîmer les capsules d’essence et conserver tous les arômes.

Vive les machines sobres !

Et aujourd’hui, on a une alliée de poids, qui est arrivée en même temps que la ferme a mûri. Parce qu’il faut prendre soin du sol et des plantes, mais aussi des personnes qui travaillent au champ par tous les temps, avec le froid ou la chaleur, l’humidité ou le vent. Si au démarrage toutes les opérations étaient effectuées à la main, de l’entretien des cultures au tri, aujourd’hui, la mécanisation a trouvé sa place. Et fait même figure de modèle dans le petit monde des plantes aromatiques. Précisons tout de même que lorsqu’on parle de mécanisation à la ferme du Champ de l’air, il n’est pas question de machines high tech mais plutôt d’outils simples mais ingénieux, qui permettent d’abord de faciliter le travail.

« Au début je voulais tout faire à la main, avec faucille et brouette. Mais on se rend compte que c’est usant et pas rentable. Alors on a fait le choix de la mécanisation, en conscience. »

Alors on fabrique une machine qui permet de séparer les feuilles des tiges par exemple, en reliant le tarare à un ancien moteur de baratte à beurre. On fabrique un ingénieux système de poulies qui permettra de monter au séchoir les plantes sans mettre son dos à l’épreuve. On utilise une herse étrille pour biner et désherber en douceur sans passer de longues heures à genoux dans le champ. Des outils simples, fabriqués par Dédé, qui garantissent confort et rendement. Faciles à utiliser, faciles à entretenir. « Ici, on n’a jamais vu un mécanicien agricole » dit Sophie en désignant le tracteur antique mais toujours fonctionnel, entretenu avec soin par son père.

Des tisanes accessibles

Si la mécanisation permet de préserver le corps des travailleuses et travailleurs et d’améliorer les rendements, elle permet aussi de préserver le porte-monnaie de celles et ceux qui achètent les tisanes : en cinq ans, le prix a évolué plus que modestement. Et c’est un choix engagé qu’a fait la ferme du Champ de l’air, y compris pendant la crise de la bio. Ce qui compte, c’est d’offrir une gamme de qualité de consommation courante. « Ce n’est pas un produit de luxe : nous partons du principe que nos tisanes doivent rester accessibles » assume Sophie.

« Nous rendons accessibles les propriétés naturelles des plantes »

Dans les magasins bio et sur le point de vente de la ferme, Le Champ de l’air propose une large gamme de plantes à tisane en solo ou en mélanges. Les compositions sont élaborées grâce aux connaissances acquises au fil des lectures et des rencontres ou au soutien de la pharmacienne de Guignen qui est herboriste. La « collection » évolue constamment car l’apprentissage et la transmission des savoirs populaires ne s’arrête jamais. C’est important de se réapproprier ces connaissances souligne Sophie : « J’ai le sentiment que les gens se réapproprient ces savoirs-là. Ils veulent comprendre. Et ils découvrent les propriétés naturelles des plantes. Il faut accepter d’être dans une démarche empirique de soin. » Et bientôt, on pourra découvrir les merveilles de la menthe gingembre ou du géranium rosat. Vivement le printemps !

Chaque année au Champ de l’air, 80 000 sachets de tisane sont préparés pour accompagner tous les moments de la journée ou de la vie de leurs buveurs.