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Les champs du possible

Maraîcher

Swan Lebrun et Théo Hardy sont installés à Baulon sur la ferme maraîchère des Champs du possible. Itinéraire d’un binôme qui prend soin de la terre et bichonne pour nos papilles exigeantes de bons légumes de saison.
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Pour la petite histoire…
Localisé à Baulon, 35580 / Fruits et légumes

Swan Lebrun et Théo Hardy sont installés à Baulon sur la ferme maraîchère des Champs du possible. Itinéraire d’un binôme qui prend soin de la terre et bichonne pour nos papilles exigeantes de bons légumes de saison.


Si comme nous, vous décidez un jour de décembre de rendre une petite visite à Swan et Théo, n’hésitez pas à chausser vos plus belles bottes de caoutchouc. Car ici à Baulon, sur la ferme des Champs du possible, il se peut que la terre soit grasse et légèrement collante. Alors tant pis pour vos bottes, mais tant mieux pour nos assiettes qui pourront être garnies de bons légumes bio bichonnés avec soin par ces deux jeunes maraîchers, collègues depuis quelques années, amis depuis leur plus tendre enfance.

Un rêve d’enfant devenu réalité

Ce petit bout de terre niché à l’orée de la Haute Bretagne, dans un paysage vallonné à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Rennes, à quelques encablures de la forêt de Brocéliande, ils le connaissent par cœur. « On a grandi ici, confie Swan, on se connaît depuis qu’on a cinq ans ». Les années d’enfance, ils les passent ensemble. Et si arrivés à l’aube de l’âge adulte, Théo s’engage dans un BTS de production horticole, Swan lâche le lycée pour aller tâter le terrain, en vrai. À dix-sept ans, il part en Irlande prêter ses bras et sa tête en échange du gîte et du couvert. Le wwoofing* est une porte d’entrée intéressante pour découvrir le monde agricole et ses réalités quotidiennes. Vache à viande, élevage de moutons, maraîchage : trois fermes l’accueillent et lui permettent d’apprendre les rudiments du métier. Trois mois et demi plus tard, il revient en Bretagne pour continuer à se former de manière plus classique : bac agricole et saisons de maraîchage bio finiront de parfaire son apprentissage.

« Je me suis formé sur le terrain, en observant, explique Swan, car c’est sur le terrain que ça se passe. Tu peux lire tout ce que tu veux, c’est la terre, la saison, le temps qu’il fait, qui nous apprennent. »

Avant de s’installer en 2018 sur ces deux petits hectares accolés à la maison familiale de Théo, chacun aura pu rouler sa bosse professionnelle pour pouvoir monter solidement ce projet à deux dont ils avaient l’idée depuis le lycée.

Soixante variétés de légumes bio

Du côté de chez Swan et Théo aujourd’hui, il y a des salades, du fenouil et des oignons, des choux et des poireaux, de la coriandre et du persil, des épinards. Et tout au long de l’année, une soixantaine de légumes et aromatiques qui sont vendus principalement en direct à la ferme ou sur le marché de Bruz, et aussi à quelques restaurants du secteur. Et puis dans les magasins Scarabée bien sûr.

Si la saison morne permet surtout de fournir des légumes racines qui se conservent – pommes de terre, radis noir et carottes – le printemps nous réserve l’arrivée de légumes bottes qui commencent déjà à pousser dans les serres des Champs du possible.

Et puis ce sera l’été, avec les aubergines, les poivrons, les concombres, les tomates anciennes, et surtout les tomates cerise dont les fins gourmets qui fréquentent nos magasins savent bien se délecter. La gamme est large. C’est une nécessité quand on choisit de privilégier la vente directe. Mais elle est surtout complémentaire des productions des maraîchères et maraîchers bio du territoire. Axer davantage la production sur des légumes de printemps et d’été, c’est pour Théo et Swan la meilleure manière d’optimiser leur exploitation. Car sur leur modeste ferme, tout est une question d’équilibre. Et l’enjeu est de pouvoir vivre dignement de son travail avec une surface réduite. L’avantage des légumes d’été, c’est qu’ils occupent peu de surface, produisent en quantité et son vendus un « bon » prix.

« J’ai toujours aimé les légumes en serre qui montent en hauteur. Tu les suis de semaine en semaine : tu les sèmes, ils poussent, ils poussent, ils poussent et ils deviennent plus grands que toi. C’est plus marrant que les salades qui grossissent. »

Swan Lebrun

En attendant, on est au creux de l’hiver et la journée est remplie de tâches différentes qui chassent l’ennui d’un quotidien trop monotone. Pas un hasard s’ils ont choisi de produire soixante variétés différentes ! Un lundi ordinaire, c’est une partie de matinée au champ pour la récolte des choux et des poireaux, l’autre partie dans les serres pour ramasser les salades, les épinards, les aromatiques. Puis passage sous le hangar pour nettoyer les légumes fraîchement récoltés dans la laveuse à tambour. Un petit tour dans le container frigorifique pour prélever les cageots de légumes racines à préparer. Et c’est parti pour les livraisons !

laveuse à tambour Les champs du possible
La laveuse à tambour est un outil indispensable pour nettoyer en douceur les légumes sortis de terre.

On optimise !

Mais alors, du champ à la serre, du hangar au frigo, avec chaque fois des kilos de légumes à déplacer, comment fait-on pour préserver son dos ? Swan et Théo ont imaginé la solution. L’usage des palettes en fait partie, permettant de transporter d’un coup des dizaines de cageots pleins de légumes fraîchement récoltés. En équipant leur tracteur d’un transpalette et en concevant des bennes transportables pour accueillir d’un coup trois palettes, ils parviennent à gagner en efficacité et à prendre soin de leur corps, qui comme ceux de toutes les personnes qui travaillent aux champs ne sont pas épargnés par les charges, l’humidité, le vent ou la chaleur.
Pour pouvoir concevoir des outils adaptés à leurs conditions de travail et à leurs besoins spécifiques, ils se sont d’abord formés avec l’Atelier Paysan, une coopérative d’intérêt collectif qui accompagne les agriculteurs et agricultrices dans la conception et la fabrication de machines adaptées à une agroécologie paysanne. Souveraineté technique et autonomie : c’est la double ambition affichée de la coopérative pour permettre aux paysannes et paysans de se réapproprier les savoirs et savoir-faire. « Nos outils commencent à être au point » dit modestement Swan en désignant l’alignement de machines équipées maison pour semer, biner, planter, déplacer. Leur botte secrète ? Le triangle d’attelage. Un équipement astucieux qui permet de configurer les deux tracteurs de l’exploitation suivant les besoins du moment. « On bricole pas mal sur nos outils de tracteurs. On essaye surtout de ne pas trop porter »

Les tracteurs de Swan et Théo sont tous équipés de triangles d’attelage permettant d’y installer un semoir, une herse rotative, un cultirateau ou une planteuse à pommes de terre suivant la tâche du moment.
À l’abri, les machines attendent leur tour pour travailler le sol, former les planches qui accueilleront les légumes, semer ou planter selon la saison.

« On considère encore notre ferme comme un espace test » précise le jeune maraîcher. L’idée, c’était de profiter de ces petites surfaces disponibles pour parfaire les techniques, éprouver un modèle de culture, un modèle économique, un modèle d’organisation aussi.

Aujourd’hui, les surfaces modestes – un hectare d’un côté, huit-mille mètres carrés de l’autre – commencent à montrer leurs limites. Non pas en termes de qualité des légumes ni de quantité produite – les cinquante tonnes de légumes par an sont un juste équilibre. Là, les associés ont visiblement trouvé leur rythme de croisière. C’est plutôt pour laisser la terre se reposer, se ressourcer, se nourrir, qu’ils auraient besoin aujourd’hui de s’agrandir. Alors ils sont en quête de terres agricoles un peu plus étendues, pour pouvoir organiser des rotations plus longues car « si tu produis tout le temps au même endroit explique Swan, tu risques d’attraper la maladie. Ici, une même famille de légumes va revenir au bout de deux ans alors qu’il en faudrait dix ». Ce n’est pas si simple, mais il y a quelques pistes qui pourraient bientôt mener à de nouveaux possibles…

Objectif qualité de vie

Côté ergonomie des postes de travail, les équipements sont une clé. Et côté bien-être des paysans ? Là aussi, les jeunes maraîchers font figure d’exception dans le petit monde agricole. Car si Théo n’est pas là ce jour, ce n’est pas parce qu’il est au marché ou en livraison, mais parce qu’il est en vacances. Et pas une petite semaine pour souffler, mais deux mois et demi, rien que ça ! « On a un temps de vacances que peu de maraîchers ont ! » sourit Swan, qui laissera à son tour les rênes de l’exploitation à son comparse de la mi-janvier à la fin mars.
Si sur une année ils travaillent en moyenne une quarantaine d’heures par semaines, ces longues coupures leur permettent de s’épanouir ailleurs. En voyage par exemple. Ou en construisant des roulottes. C’est ce que prévoit de faire Swan cet hiver. Pour satisfaire son envie de bricoler, pour des amis en quête de logement sobre, pour contribuer à sa manière à une manière d’habiter plus durable. Il faut dire qu’en matière d’habitat léger et réversible, il a une petite expérience. Swan a construit la roulotte où il vit sur la ferme, et aussi le bureau dédié aux tâches administratives, dans lequel il reçoit parfois les personnes curieuses qui les interrogent pour pouvoir partager à leur tour à d’autres les dessous d’une ferme maraîchère bio et paysanne du pays de Rennes.